Les rencontres de Beauchapeau

Les rencontres de Beauchapeau






 


PROGRAMME



Lundi 30 juillet 11h30-13h : conférence introductive de DOM PATEAU sur l’amitié dans la Règle de Saint Benoît.
À la différence de l’anachorète, le moine bénédictin s’adonne à une vie cénobitique, en communauté, au sein d’une fraternité, vie qui n’est pas sans rappeler celle des premières communautés chrétiennes. Très tôt cependant, la tradition monastique a mis en garde le moine contre ce qu’il est convenu d’appeler les « amitiés particulières ». On pressent à travers cette recommandation un appel à une particulière garde du cœur qui convient à celui qui ne veut chercher que Dieu. Comment donc articuler amour de Dieu et amour du prochain le plus proche c'est-à-dire de son frère au sein de la vie monastique ? Comment se donner ou se recevoir sans blesser et sans perdre de vue l’Auteur de tout don?

Lundi 30 juillet 16h-17h30 et mardi 31 juillet 11h30-13h : regard philosophique sur l’amitié, avec deux conférences de CATHERINE CONRAD.
L’amitié, nous dit Aristote dans l’Éthique à Nicomaque, est d’abord une passion : ce qui surgit en moi, indépendamment de moi, dans le plaisir de la rencontre. Comme les autres émotions, elle est nécessaire pour vivre. Car exister c’est entrer en relation, affectivement, avec ce qui n’est pas nous, de gré ou de force.
Et pourtant Aristote dit aussi de l’amitié qu’elle est une vertu. LA vertu, si l’on peut dire, car elle est celle de la relation, constitutive de tout être humain, réalisation de notre vocation. En effet, si nous sommes des êtres de besoin, de pauvreté, de manque, comme tous les vivants, nous sommes aussi des êtres de parole, animaux politiques, capables de créer une Cité. Parler DE quelque chose À quelqu’un : il n’est de communauté que par ce décentrement double et pourtant unique. C’est l’ouverture à l’autre par l’ouverture au monde, plus, par la création d’un monde commun.
Mais pourquoi ce même mot : philia, pour ce qui désigne à la fois une sympathie spontanée et une vertu ? Une rencontre, une reconnaissance, et pourtant un effort, un chemin ?

Mardi 31 juillet 16h-17h30 : méditation de ROBERT EMPAIN sur l’art et l’amitié.
De l’amitié, l’art témoigne à foison, non pas tant par l’amitié ou l’admiration que les artistes se portent les uns aux autres, et cela au delà des limites du temps et de l’espace, mais parce que toute œuvre d’art véridique, comme toute œuvre humaine véridique, comme tout ce qui touche l’homme au cœur, manifeste l’amitié de Dieu à notre égard et celle de l’homme à l’égard de Dieu.
Ainsi, l’œuvre d’art digne de ce nom est toujours l’œuvre d’une amitié réciproque entre Dieu et l’homme ; une œuvre d’amitié qui manifeste, célèbre et porte la beauté de Dieu et celle de l’homme qui est fait à son image. Cette œuvre spirituelle, belle et mystérieuse, accueille tout homme et témoigne alors de l'hospitalité divine offerte à tous.

Mercredi 1er août 11h30-13h : conférence de JEAN-SAMUEL WANG sur l’amitié dans l’Ancien et le Nouveau Testament : présentation à venir.

Mercredi 1er août 16h-17h30 et jeudi 2 août 11h30-13h : point de vue de l’historien, avec deux conférences de FRANÇOIS PERNOT.
Le 6 février 1778 sont signés, à Versailles, et ratifiés par Louis XVI, un Traité d'alliance et un Traité d'amitié et de commerce, entre la France et les treize colonies américaines, représentées par le comte de Vergennes et Benjamin Franklin. Première conséquence : l’Angleterre, qui a bien compris que ce que visait surtout le gouvernement français par ces traités était l'affaiblissement de son ennemi juré, déclare la guerre à la France.
Est-ce à dire que l’amitié, en politique et dans l’histoire, ne serait souvent que l’envers d’une inimitié, et que les alliances s’y feraient davantage contre des ennemis qu’entre des amis ? Est-ce à dire que l’histoire des traités d’amitiés dans le monde ne serait jamais que l’autre face de l’histoire des guerres?

Jeudi 2 août 16h-16h45 : regard de GERTRUDE DUBUS sur LES GRANDES AMITIÉS de Raïssa Maritain.
Raïssa Maritain nous livre le récit de ses premiers pas dans l’Église catholique et nous parle du rôle des rencontres d’amis dans son itinéraire, à commencer par Péguy et Léon Bloy. Nous écouterons ce que ce témoignage nous dit aujourd’hui, comment ces fils d’amitié ont tissé ce qu’elle appelle aussi « les aventures de la grâce ».
Plus de cent ans après, cela ne nous invite-t-il pas à contempler « l’œuvre de Dieu », le Dieu caché dans la Providence des rencontres ?

Le même jour, de 17h-17h45 : propos d’ISABELLE ROLLAND sur LES AMITIÉS CÉLESTES de Jacqueline Kelen.
Co-pains et amis nous font également goûter au pain bénit d'une élection partagée. Mais s'il est heureux de casser la croûte de ses habitudes avec des copains, c'est bien aux seuls amis qu'il est donné de savourer la mie de l'amitié... Jacqueline Kelen opère une subtile distinction qui fonde une nouvelle catégorie : celle des amitiés "célestes". L'ouvrage qu'elle consacre à ce thème nous offre, à partir d'exemples formant comme la vive trame d'une histoire, une présentation raisonnée de ces amitiés spirituelles. Chemin faisant, nous serons conviés à nous interroger sur cette grâce de l'Amitié, véritable manne capable de transfigurer notre désir d'échange.

Vendredi 3 août 11h30-13h : conférence de VÉRONIQUE MAAS sur l’amitié en littérature.
L’amitié dans les livres… À quoi bon s’y intéresser ? L’amitié, il suffit de la vivre, « et tout le reste est littérature », comme l’écrivait Verlaine dans son Art Poétique. Tout le reste ? Hormis justement, pour lui, la poésie, celle où « les mots portent leur chose » (Daumal). Mais alors n’existerait-il pas, de même, une littérature authentique, “poétique”, œuvre d’art et non simple assemblage de mots, où le texte non seulement parlerait de quelque chose, mais aussi l’évoquerait, le porterait, le re-présenterait c’est-à-dire le rendrait présent ? Il s’agira donc de se demander si la littérature parvient parfois, non simplement à traiter de l’amitié, mais également et surtout à être, indissociablement, œuvre littéraire et acte amical, discours et geste d’amitié, bouquet de mots et main tendue.

LES CONFÉRENCIERS

LE PÈRE JEAN PATEAU, né en 1966, après avoir obtenu l'agrégation de Physique et enseigné deux années dans le supérieur au Lycée Stanislas de Paris, est entré à l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault en 1990.
Ordonné prêtre en 1998, il a préparé une licence canonique auprès de l'Institut Catholique de Toulouse, consacrant son mémoire de licence au sort des enfants morts sans baptême. Prieur du monastère depuis 2004, il a été élu abbé en août 2011 et bénit par Mgr Armand Maillard, archevêque de Bourges, le 7 octobre de la même année.

CATHERINE CONRAD, née en 1949, est ancienne élève de l’École Normale Supérieure et agrégée de philosophie. Professeur d’abord en Terminale au lycée Georges de la Tour à Metz puis en classe préparatoire économique au lycée Poincaré à Nancy, enfin, à nouveau à Metz, mais en Première Supérieure, elle enseigne désormais la philosophie au Grand Séminaire de Metz.

ROBERT EMPAIN est né en 1949 à Binche, en Belgique. Il a longtemps travaillé à Bruxelles comme directeur de création dans diverses agences, puis dans sa propre agence de communication Katté Empain & Partner, et a gagné de nombreux prix pour ses créations. En 1989 il a vendu son agence et quitté la publicité pour se consacrer à la peinture et à l’écriture. Il vit et travaille à Mérigny (France), à Bruxelles (Belgique) et à Obidos (Portugal).

JEAN-SAMUEL WANG est né en 1973. Il a quitté la Chine pour la France en 2001 et a été ordonné prêtre le 28 juin 2015 à Metz. Il est actuellement rattaché à la paroisse de Thionville.

FRANÇOIS PERNOT est né en 1963. Il est Docteur en histoire moderne de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, professeur des universités en histoire moderne à l’Université de Cergy-Pontoise/Paris-Seine, titulaire de la Chaire Jean Monnet « Guerre et Europe : Défense, Sécurité, Patrimoine, Mémoire, Culture » 2017-2020 et directeur de l’École doctorale Droit et Sciences humaines. Il a publié de nombreux ouvrages, dont, chez Larousse, Qui a vraiment tué Henri IV ? qui a reçu le prix Drouyn de Lhuys de l’Académie des Sciences morales et politiques 2010.

GERTRUDE DUBUS est née en 1959. Après avoir enseigné quelques années la philosophie, elle s’est tournée vers le métier de formatrice et conseillère en évolution professionnelle.

ISABELLE ROLLAND est née en 1957. Après ses études (Lettres classiques et Maîtrise de lettres en littérature médiévale, DESS et CAPES de documentation, Institut des Arts sacrés), elle a travaillé dans l'édition avant de se consacrer à ses enfants et à ceux des autres (collège, lycée, ISFEC). Côté jardin, elle écrit quelques contes d'inspiration biblique et des poésies, et anime, de temps à autre, des ateliers d'écriture (haïku et tutorat d'écriture).

VÉRONIQUE MAAS est née en 1959. Agrégée des Lettres, elle a enseigné la littérature française en lycée pendant une trentaine d’années. Elle se consacre désormais au théâtre, en banlieue parisienne, dans le cadre de la troupe Cap sur Scène, qu’elle a fondée et dont elle est la directrice artistique. Elle a écrit un roman sur l’amitié, À la Croisée, et une pièce, qu’elle s’apprête à monter, sur Mère Geneviève Gallois, peintre et bénédictine de l'abbaye Saint Louis du Temple.